Jipé.

Jipé.
Il s'apellait Jean-Pierre. Il avait 57 ans, 3 mois et 2 semaines. Il était petit, chauve et gros.
Comme tous les matins à 6h pile, Jean-Pierre posait son pied droit sur le parquet froid de sa chambre, suivit du gauche. Jean-Pierre se levait, et se dirigeait directement vers la cuisine où il prenait une Gitane en regardant à travers la fenêtre embuée le paysage. Jean-Pierre savait qu'aujourd'hui il y aurai sûrement de la pluie. Jean-Pierre savait toujours ces choses là, il les sentait.
A 7h Jean-Pierre était près, les bottes usées en caoutchouc kaki au pieds et la clope au bec. Pas le temps de se reposer, la journée serai longue. Il se dirigeai d'abord vers l'étable où il inspectait les vaches et leurs petits, il continuait en inspectant les poules, puis le potager et il finissait enfin par les cochons. Une fois le bilan dressé, Jean-Pierre savait exactement les problèmes urgents à résoudre à ajouter au lot quotidien de tâche. Jean-Pierre allumait alors la troisième cigarette et se préparait un petit déjeuner copieu. Jean-Pierre était seul, il avait eu une télé pour tromper sa solitude mais il l'avait acheté à bas prix et elle l'avait lâché quelques mois plus tard. Depuis Jean-Pierre mangeait seul et en silence. Il regardait à travers la fenêtre et parfois ses yeux s'embuaient, alors il les essuyait prestement regardant autour de lui, priant pour que les poules n'aient pas vu son moment de faiblesse.
Jean-Pierre n'était pas malheureux, il n'avait pas le temps de l'être, et quand il se surprenait à être triste alors il se trouvait une tâche urgente à faire.
A 10h pile Jean-Pierre avait déjà nettoyé l'étable et nourris tout les animaux. Il se trouvait d'autres occupations jusqu'à midi, heure à laquelle il fumait sa quatrième cigarette de la journée. Il préparait alors le déjeuner, pour une personne. Lui. Et il mettait la table, pour un seul couvert. Lui. Et il mangeait rapidement, et avalait de travers parfois. Souvent. Il débarassait la table et faisait la vaisselle. Fumait sa cinquième cigarette et allait alors travailler le potager. Déraciner, Seumer, Récolter. Ses ongles devenaient noires, des gouttes perlaient son front, il tirait souvent la langue quand il était concentré.
A 18h, lorsque le soleil était bas et que les vaches meuglaient tranquillement, alors Jean-Pierre s'asseyait sur une petite colline, regardant le paysage autour de lui. Et là il s'accordait la la sixième et la septième cigarette. Et il regardait autour de lui, les vaches, les poules, et il se sentait un peu moins seul. Jean-Pierre respirait très fort, aussi fort qu'il pouvait. Il voulait faire entrer le plus d'air possible dans ses poumons, ses poumons bousillés et puis il expulsait tout et finissait pas un grand cri sorti de ses tripes. Jean-Pierre avait alors l'impression d'exister, ses joues rossissaient, ses poils se dressaient, et des larmes coulaient le longs de ses joues sales, parfois. Souvent.
A 19h30, Jean-Pierre dînait. Lorsqu'il était de bonne humeur il sifflotait. Il ne savait pas ce qu'il sifflotait mais il sifflotait et il trempait gaiement la cuillère dans sa soupe et son coeur était un peu plus léger. Lorsqu'il était triste, Jean-Pierre mangeait rapidement pour ne pas avoir le goût des aliments, il se bouchait même le nez parfois. Souvent.
A 20h30, Jean-Pierre était agenouillé en Pyjama devant son lit, les mains rassemblées, et il priait. Il priait comme sa mère le lui avait appris de nombreuses années auparavant, il ne savait pas vraiment qui était celui qu'on apellait Dieu, il ne savait plus du moins.
A 20h35, 20h37 lorsqu'il était en retard, Jean-Pierre défaisait délicatement le lit qu'il s'était appliquée à faire le matin même, et il s'y glissait. Fermait les yeux, prenait une longue et profonde respiration et chuchotait doucement: Bonne nuit Jipé. Et Jean-Pierre s'endormait une fois de plus.

Mais personne ne connait ce quotidien car personne ne sait que Jean-Pierre existe.

# Posté le lundi 21 mai 2007 01:10

Modifié le dimanche 15 juin 2008 00:21